• Biographie

     Ecrivain et journaliste-  1840-1902

     

    Enfance et Formation :

    - Né le 2 avril 1840 à Paris

    - Ses parents s'installent à Aix-en-Provence en 1843. Son père, François Zola, est un ingénieur italien. Il vient de commencer la construction d'un barrage et d'un canal destiné à alimenter en eau Aix-en-Provence  lorsqu'il décède brusquement d'une pneumonie. Cet homme brillant et aventureux qui était sur le point de faire fortune, disparaît à l'âge de 52 ans, laissant derrière lui une jeune veuve de vingt-huit ans et son fils Emile, de sept ans. Les années suivantes sont difficiles pour le petit orphelin et sa mère : des mois et des années de procès perdus contre de plus puissants qui se disputent les dépouilles de la Société du canal Zola, et des déménagements successifs dans des endroits de plus en plus pauvres des faubourgs aixois.

     

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    La famille Zola

    - Emile Zola reçoit néanmoins une éducation soignée dans des établissements fréquentés par la bourgeoisie libérale de la ville et des environs : il entre à la pension Notre-Dame et au collège Bourbon.

     

    Il est partagé entre le souvenir glorieux d'un père illustre et le sentiment d'abandon dû à cette mort prématurée. Il se sent exclu du cercle des "bonnes familles" tout en les côtoyant. Quand il revient à Paris avec sa mère alors qu'il va sur ses dix-huit ans, il se sent déraciné, comme un petit provincial exilé dans la capitale. Mais c'est aussi une période d'espérance et d'exaltation. Grâce aux anciennes relations de son père, il peut entrer au prestigieux lycée Saint-Louis, considéré comme la voie directe vers les grandes écoles, telles Polytechnique, Centrale, ou la faculté de droit. Nourri de culture classique et romantique, il préfère à la compagnie de ses condisciples embourgeoisés celle du petit groupe de jeunes Aixois montés comme lui à Paris. Il incite Cézanne, son ami d'enfance resté en Provence, à venir les rejoindre.

    - Alors qu'il obtient d'excellents résultats en français, Zola délaisse les matières scientifiques qui l'ennuient et ne rêve que d'une seule chose : écrire! Il fréquente le Paris des poètes et des artistes. A deux reprises, en 1859, il échoue au baccalauréat...pour une mauvaise note en français!

    - Il abandonne le lycée. 1860 et 1861 seront deux années de bohème : il vit dans des mansardes, accumule les "petits boulots"; il connaît la pauvreté, la marginalité et la promiscuité avec le milieu le plus populaire de Paris, marchandes des Halles, prostituées, cousettes (mot vieilli : apprentie couturière), employés du mont de piété...Mais Zola est animé par une extraordinaire énergie, une insatiable curiosité pour les arts et pour la littérature, ce qui l'empêche de sombrer.

     

    Débuts Littéraires :

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     Portrait de Zola peint par son ami Manet

     

    Sa carrière littéraire est le fruit d'une rencontre déterminante : en 1862, Zola a la chance d'être engagé dans la grande maison d'édition de Louis Hachette, en qualité d'employé au bureau de publicité. Il y occupe tout d'abord un poste subalterne (ficeler des paquets de livres) mais très rapidement il devient responsable du service, ce que nous appellerions de nos jours "attaché de presse". Ce poste stratégique sera bénéfique au futur écrivain pour deux raisons : tout d'abord, Hachette étant l'éditeur de la nouvelle pensée libérale et positiviste, il va découvrir dans son catalogue des auteurs qui vont fortement l'influencer ou le conduire à développer sa pensée : Taine et Littré, les méthodes modernes de l'histoire et de la critique, les traductions de Dickens, la vulgarisation scientifique...il découvre des essais qui lui font connaître Stendhal et Balzac. Ces lectures l'éloignent de ses passions romantiques et le poussent vers le "monde réel" et l'observation rigoureuse de la vie politique et du monde impérial. 

    Ensuite, son emploi de médiateur entre les auteurs, l'éditeur et la presse, va lui permettre de rencontrer de nombreux écrivains et lui ouvrir la porte du cercle littéraire parisien mais aussi provincial : 

    - 1863  : il n'a que vingt-trois ans, il écrit des chroniques pour un journal de Lille.

    -1864 : il publie son premier volume, Les contes à Ninon.

    -1865 : il écrit pour deux journaux et publie son premier roman, La Confession de Claude.

    -1866 : ses articles dans la presse où il défend la nouvelle peinture réaliste font scandale.

    - 1867 : son troisième roman, Thérèse Raquin, entre comme un boulet de canon dans la littérature de l'époque et le donne à connaître au grand public tout en suscitant l'intérêt des frères Goncourt, de Taine et de Sainte-Beuve.

    - Un mot important fait son apparition : le naturalisme

    Les Rougon-Macquart :

     

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     - Après avoir commis l'imprudence de quitter Hachette, Zola va connaître plusieurs années difficiles car il a grand mal à vivre de sa plume : mais il est libre, confiant dans son talent et dans son énergie. Il a de plus deux femmes à charge : sa mère et sa compagne, Alexandrine Meley, qu'il épousera en mai 1870

    - c'est son grand projet des Rougon-Macquart qui va le tirer d'affaire et le rendre riche et célèbre; il consacre tout son temps à dévorer des ouvrages sur l'hérédité et l'histoire du coup d'état de Napoléon III en 1851 : il a le dessein d'écrire l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. "Naturelle", car il veut prouver "scientifiquement", à travers les personnages de son cycle, le rôle de l'hérédité sur les pulsions humaines. "Sociale", car en parallèle, il se donne pour mission de démontrer l'influence du milieu social sur le comportement de tout être humain. La Saga des Rougon-Macquart sera composée de vingt romans qui se feront les témoins de toutes les couches sociales ( Zola se plaçant ici comme héritier de la Comédie Humaine de Balzac), et des évènements sociaux et politiques de son temps.

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    - L'Assommoir,  le septième tome des Rougon-Macquart, va le propulser subitement sur le devant de la scène et lui offrir pour la première fois une aisance matérielle suffisante pour s'acheter une maison à Médan, près de Paris. En réalité, ce roman fera la fortune de son auteur et de son éditeur car s'il bouscule la critique académique, il se vend par milliers de volumes. C'est le premier roman, "depuis Rabelais et Restif de la Bretonne- où l'on sente l'odeur et la sueur du peuple, où l'on entende la rumeur des rues, et où la prose, la grande prose française, se nourrisse des instincts et des expériences de l'être humain dans leur pureté et leur violence originelles : la faim, le sexe, le plaisir, la gaieté, le travail, la misère, la souffrance, la folie, la déréliction (sentiment d'abandon et de solitude morale), la mort". (Henri Mitterand) L'histoire raconte la longue déchéance d'une famille ouvrière dont les désirs de réussite sociale sont anéantis par le chômage et l'alcoolisme. La réalité y est dépeinte de façon crue, sans concession, abordant des sujets tabous jusqu'alors, comme les pulsions sexuelles, la misère noire, la prostitution...Zola deviendra un maître adulé mais aussi un auteur haï par une certaine critique qui le traînera dans la boue. C'est à Médan, où il vient d'acquérir sa maison de campagne, que Zola réunira autour de lui la jeune génération des auteurs naturalistes : Céard, Huysmans, Alexis, Hennique et Maupassant. En 1880, une oeuvre collective innovante y verra le jour : Les Soirées de Médan, un recueil de nouvelles sur le guerre de 1870.

     

    L'Affaire Dreyfus :

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    - En 1894, le capitaine Dreyfus est condamné à la déportation pour avoir espionné l'armée française au profit de l'Allemagne. "L'affaire Dreyfus " va enflammer le pays et le diviser en deux camps qui s'affrontent avec violence. Dans la presse, une campagne antisémite interpelle Zola qui publie en mai 1896 un article intitulé "Pour les Juifs" où il s'insurge contre la monstruosité des accusations, "une chose en dehors de toute vérité et de toute justice". Les défenseurs de Dreyfus dénoncent une procédure truquée et s'inquiètent de la vague d'antisémitisme qui soulève le pays. 

     - Différentes voix s'élèvent pour défendre l'accusé et mettre fin aux propos racistes et diffamatoires que Drumont publie dans La France Juive et La Libre Parole : tout d'abord, Mathieu Dreyfus, le frère de l'accusé, puis Bernard Lazare qui publie une brochure, "Une erreur judiciaire. La Vérité sur l'Affaire Dreyfus". Dans un premier temps, Zola prend ouvertement parti contre l'antisémitisme mais demeure prudent quant à la non culpabilité de Dreyfus.  Mais une fois convaincu de l'innocence de ce dernier, suite aux découvertes du lieutenant-colonel Picquart sur Esterhazy, le véritable coupable, il réagit au plus vite, décidé à ne pas laisser commettre cette injustice : "J'ignore ce que je ferai, mais je ferai sûrement quelque chose. Comment ne pas essayer d'empêcher cette iniquité!" Il entame une série d'articles dans Le Figaro, des discours très polémiques en homme habitué à se battre. Mais l'écrivain est prié d'aller s'exprimer ailleurs suite au nombre considérable de désabonnements. Qu'à cela ne tienne, Zola publie deux brochures chez Fasquelle, Lettre à la jeunesse et Lettre à la France, où il appelle les français et les jeunes en particulier à défendre la vérité et la jutice.

     

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                          Dreyfus                                                   Esterhazy

    Mais l'opinion publique et le gouvernement ne transigent pas, bien au contraire ! Le 11 janvier 1898, le commandant Esterhazy, le véritable auteur du bordereau compromettant qui a permis de condamner Dreyfus pour espionnage, est acquitté par le conseil de guerre. Il y a urgence! Les dreyfusards avec Zola à leur tête  doivent mobiliser l'opinion publique et pousser l'adversaire à la faute.  Zola rédige un pamphlet virulent sous la forme d'une lettre ouverte à Félix Faure, alors président de la république, et intitulée "J'accuse". Le titre donne le ton. La lettre est publiée le 13 janvier dans L'Aurore : le journal s'enlève à trois cent mille exemplaires, soulevant une marée de protestations et d'acclamations. C'est que Zola y a mis tout son talent, toute son indignation, tout son courage ; il dénonce et prouve les truquages du dossier, réfute implacablement chaque argument des persécuteurs de Dreyfus, il va jusqu'à accuser de forfaiture (crime commis par un fonctionnaire public dans l'exercice de ses fonctions) toute une brochette d'officiers généraux. Le scandale est grand ! C'est une guerre civile verbale, à hauts risques pour celui qui s'en prend à une armée vénérée et dont on attend la revanche contre l'Allemagne. Cette communication de masse est particulièrement novatrice : c'est aussi un coup de génie de Zola qui enferme le gouvernement dans ses contradictions mais aussi dans un dilemme : ne pas répondre et sembler plier ou reculer sous l'outrage; répondre et valoriser ce pamphlet. 

    Zola est poursuivi en justice, condamné par la cour d'assises de Paris à un an de prison et trois mille francs d'amende, pour diffamation. Mais le piège a fonctionné :  durant le procès, les généraux compromis ont présenté un document censé accuser Dreyfus et inconnu des avocats jusqu'alors.  Le problème est qu'il s'avère être faux et la révision du procès de Dreyfus est désormais inévitable. De plus, le huis clos a été rompu et c'est la France entière qui se divise autour de l'affaire, la Ligue des droits de l'homme s'opposant à la Ligue des patriotes.

    Dreyfus sera finalement libéré. Mais pour Zola, les conséquences sont lourdes : une année d'exil à Londres. Cependant, comme ses prestigieux prédécesseurs,  Voltaire, Hugo, Vallès,  Zola est soutenu par un vaste mouvement d'opinion qui ridiculise le gouvernement. Dans Le Figaro du 25 novembre 1897, Zola avait écrit l'une de ses phrases les plus célèbres : "La Vérité est en marche et rien ne l'arrêtera". Dreyfus, après la révision de son procès, sera réhabilité.

    "Le 21 février 1898, à l'issue de son procès, Zola déclare : "Dreyfus est innocent, je le jure. J'y engage ma vie, j'y engage mon honneur." Ce ne sont pas des mots en l'air. Il laissera dans l'Affaire sa sécurité, son bonheur, peut-être sa vie. A cinquante-huit ans, cet homme, ce pontife des lettres françaises, est resté debout, méfiant devant tous les pouvoirs, ennemi de toutes les censures et de toutes les répressions, indomptable." ( Henri Mitterand)

     

    Une mort accidentelle?

    - Les circonstances de la mort de Zola demeurent obscures : dans la nuit du 28 septembre 1902, Zola et son épouse sont asphyxiés dans leur chambre par la fumée d'un feu de cheminée. Zola a tenté d'ouvrir la fenêtre mais il est tombé à terre où il respire l'oxyde de carbone qui stagne sur le parquet. Son coeur cesse de battre vers dix heures, ce 29 septembre1902. Alexandrine, elle, pourra reprendre connaissance et lui survivra jusqu'en 1925.

    - Les funérailles ont lieu le 5 octobre. Le peuple de Paris est présent. Des hommages lui sont rendus. Au cimetière de Montmartre, son ami Anatole France qui prononce son raison funèbre dira : "Il fut un moment de la conscience humaine".

    - L'enquête sur la mort de Zola a conclu à l'accident : la cheminée aurait été bouchée par inadvertance lors de travaux effectués dans l'appartement situé à l'étage supérieur. Pourtant, le remous et les rancoeurs de l' Affaire Dreyfus sont tous frais, et le crime a été avoué plus tard anonymement. Mais sans doute par crainte de réveiller les vieilles polémiques  et de déclencher outrages et curiosités malveillantes, la police s'est empressée de clore le dossier avec l'assentiment de la famille et des amis de Zola.

       

    Biographie

    Sources : Henri Mitterand, Zola, La vérité est en marche, aux Editions Gallimard, Découvertes Littératures. Un excellent ouvrage, très documenté et abondamment illustré, qui se lit comme un roman.

    Henri Mitterand est professeur émérite à La Sorbonne et professeur à Columbia University à New York. Il a publié Les Rougon-Macquart dans La Pléiade et les Oeuvres complètes de Zola au Cercle du Livre précieux, ainsi que nombre d'ouvrages sur le naturalisme et le roman au XIXe siècle. Il est président de  la Société littéraire des amis d'Emile Zola.


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