• Ubu Roi ; présentation de l'oeuvre et de l'auteur

     Classes de 1ère : Représenter le mal au théâtrePage d' Accueil

    Vous pouvez visionner l'intégralité de la pièce dans une mise en scène de J.C Averty;  cliquer sur la rubrique "Pièce de Théâtre", dans le module "Littérature" dans le menu de droite. ( Acte III, scènes  3 et 4 - passage à présenter au bac : 41'42)

                                         

      Texte 2 :         Ubu Roi- Alfred Jarry- III-3 et 4- (1896 )  

     

      

    L'Auteur et son oeuvre

    Poète, romancier, dramaturge, comédien, Alfred Jarry est né en 1873 à Laval. Il grandit à Saint-Brieuc, auprès de sa mère et de sa sœur, avant d'entrer en classe de première au lycée de Rennes en 1888. Il y fait la connaissance de Charles et Henri Morin, avec lesquels il va écrire une pièce de théâtre intitulée Les Polonais ( rebaptisée ultérieurement Ubu cocu), dont le personnage principal est directement inspiré de leur professeur de physique, M. Hébert. Celui-ci incarne, selon Jarry, "tout le grotesque du monde". Ses surnoms successifs, Hébé, Ebé, Heb, se transformèrent peu à peu en "Ubu". La pièce est jouée pour la première fois avec des marionnettes au "Théâtre des Phynances", c'est-à-dire le grenier de l'appartement des frères Morin.

    Après le décès de sa mère en 1893, il collabore au Mercure de France. En 1896, il y publie Ubu Roi.La même année, il travaille au théâtre de l'oeuvre en tant que secrétaire avant de se lancer dans la carrière de comédien. Il convainc le metteur en scène  Lugné-Poe de monter la pièce. Jarry s'investit totalement dans ce projet, participe aux répétitions  et aux choix de mise en scène. Il partage avec Lugné-Poe la même conception du théâtre, faisant du dénuement l'un des fondements de leur esthétique, aussi bien en ce qui concerne les décors que les éclairages et les costumes .

    La première représentation a lieu le 10 décembre 1896. Elle est précédée en septembre de la même année par un  article au titre provocateur : "De l'inutilité du théâtre au théâtre". Jarry insiste pour que les acteurs jouent en costumes modernes hétéroclites, sans cohérence entre eux, et qu'ils portent un masque, comme dans la tragédie antique ou encore à la commedia dell'arte.

    La première représentation fait scandale, en assurant à son auteur une célébrité immédiate, mais l'échec commercial le ruine.

    S'identifiant à son personnage, il mène une vie libre et inventive, pleine d'humour et de créativité, mais aussi de difficultés financières. Quelques mois avant sa mort, il écrit à sa femme en parlant de lui-même :" (Le père Ubu) n'a aucune tare ni au foie, ni au coeur, ni aux reins, pas même dans les urines ! Il est épuisé, simplement et sa chaudière ne va pas éclater mais s'éteindre. Il va s'arrêter tout doucement, comme un moteur fourbu'.

    Ruiné, fatigué, vivant dans une cabane et passant son temps à pêcher et à écrire, il meurt en 1907, à l'âge de trente-quatre ans, d'une méningite tuberculeuse.

    La première d'Ubu Roi : 

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    La première représentation a lieu le 10 décembre 1896 et elle provoque un véritable scandale qui marquera la pièce indélébilement. L'orchestre même ne parviendra pas à couvrir les sifflets et les cris du public et des critiques qui se battent entre eux. Il faut dire que Jarry semble avoir tout mis en oeuvre pour provoquer ou surprendre les spectateurs malgré l'opposition de Lugné-Poe. Mais cette impertinence n'est pas un simple jeu de provocation ; Ubu Roi va bien au-delà d'une plaisanterie de potaches : la pièce exprime la conception que Jarry a du théâtre, une conception novatrice qui remet en cause le théâtre naturaliste de son temps. Ce soir-là, cette oeuvre fut majoritairement rejetée et conspuée par un public déchaîné.

    " Avant le lever du rideau, une table de cuisine couverte d'une toile de jute fut placée sur le devant de la scène. Jarry apparut, le visage blafard car il s'était maquillé comme une fille de trottoir pour affronter les feux de la rampe. Portant nerveusement un verre à ses lèvres, il parla de sa voix la plus monotone et la plus sèche. En dix minutes, assis en face d'une foule explosive, il remercia ceux qui avaient contribué à la représentation, rappela brièvement les traditions du théâtre de guignol et annonça que les acteurs porteraient des masques et que les trois premiers actes se joueraient sans interruption." René Shattuck, Les Primitifs de l'avant-garde. Paris, Club français du livre, 1974.

    "Les témoignages de l'époque s'accordent à noter l'émoi que suscita l'entrée en scène de Firmin Gémier dans son costume de poire imitant le parler et les attitudes de Jarry, en prononçant le fameux "Merdre". Cette injure, symboliquement renforcée par un "r" supplémentaire, dit à la fois la surenchère, la provocation et la (relative) nouveauté de la pièce. Il fallut quinze minutes pour calmer la salle. Gémier improvisa une gigue et tomba dans le trou du souffleur, diversion qui permit aux acteurs d'enchaîner jusqu'au "merdre" suivant..., c'est-à-dire à peine quelquesrépliques."Frédérique Toudoire-Surlapierre. Dossier sur Ubu Roi- Classiques et Cie- Hatier- 2006-

    L'action d'Ubu Roi se déroule en Pologne, au pays de "nulle part". La scène d'exposition introduit deux personnages surprenants, au langage grossier et à l'attitude grotesque : il s'agit du père Ubu, "officier de confiance du roi Ladislas et de son épouse, la mère Ubu, une horrible mégère qui le pousse à fomenter un complot contre le roi pour prendre sa place.  Cette pièce est une parodie du théâtre classique ; elle reprend dans un registre burlesque l'intrigue de Macbeth , de Shakespeare.

     

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    L'ensemble des photos du spectacle est à découvrir sous forme de diaporama en un clic dans l'albumhttp://gruissan.blogs.lindependant.com/album/le-petit-ate.../

     

    Acte premier

     

    Scène première

    Père Ubu, Mère Ubu

     

    PÈRE UBU

    Merdre!

    MÈRE UBU

    Oh ! voilà du joli, Père Ubu, vous estes un fort grand voyou.

    PÈRE UBU

    Que ne vous assom'je, Mère Ubu!

    MÈRE UBU

    Ce n'est pas moi, Père Ubu, c'est un autre qu'il faudrait assassiner.

    PÈRE UBU

    De par ma chandelle verte, je ne comprends pas.

    MÈRE UBU

    Comment, Père Ubu, vous estes content de votre sort ?

    PÈRE UBU

    De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content. On le serait à moins : capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas, décoré de l'ordre de l'Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d'Aragon, que voulez-vous de mieux ?

    MÈRE UBU

    Comment ! après avoir été roi d'Aragon vous vous contentez de mener aux revues une cinquantaine d'estafiers armés de coupe-choux, quand vous pourriez faire succéder sur votre fiole la couronne de Pologne à celle d'Aragon ?

    PÈRE UBU

    Ah ! Mère Ubu, je ne comprends rien de ce que tu dis.

    MÈRE UBU

    Tu es si bête !

    PÈRE UBU

    De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant ; et même en admettant qu'il meure, n'a-t-il pas des légions d'enfants ?

    MÈRE UBU

    Qui t'empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place ?

    PÈRE UBU

    Ah ! Mère Ubu, vous me faites injure et vous allez passer tout à l'heure par la casserole.

    MÈRE UBU

    Eh ! pauvre malheureux, si je passais par la casserole, qui te raccommoderait tes fonds de culotte ?

    PÈRE UBU

    Eh vraiment ! et puis après ? N'ai-je pas un cul comme les autres ?

    MÈRE UBU

    À ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues.

    PÈRE UBU

    Si j'étais roi, je me ferais construire une grande capeline comme celle que j'avais en Aragon et que ces gredins d'Espagnols m'ont impudemment volée.

    MÈRE UBU

    Tu pourrais aussi te procurer un parapluie et un grand caban qui te tomberait sur les talons.

    PÈRE UBU

    Ah ! je cède à la tentation. Bougre de merdre, merdre de bougre, si jamais je le rencontre au coin d'un bois, il passera un mauvais quart d'heure.

    MÈRE UBU

    Ah ! bien, Père Ubu, te voilà devenu un véritable homme.

    PÈRE UBU

    Oh non ! moi, capitaine de dragons, massacrer le roi de Pologne ! plutôt mourir ! 

    MÈRE UBU, à part.

    Oh ! merdre ! (Haut.) Ainsi tu vas rester gueux comme un rat, Père Ubu.

    PÈRE UBU

    Ventrebleu, de par ma chandelle verte, j’aime mieux être gueux comme un maigre et brave rat que riche comme un méchant et gras chat.

    MÈRE UBU

    Et la capeline ? et le parapluie ? et le grand caban ?

    PÈRE UBU

    Eh bien, après, Mère Ubu ? (Il s'en va en claquant la porte.)

    MÈRE UBU, seule.

    Vrout, merdre, il a été dur à la détente, mais vrout, merdre, je crois pourtant l'avoir ébranlé. Grâce à Dieu et à moi-même, peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne.

     

     


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