• Lecture Analytique : Ubu Roi, Jarry - Acte III, scènes 3 et 4

    Ubu Roi : Acte III- scènes 3 et 4

    Situation du passage. La mère Ubu a convaincu son mari, le Père Ubu, d’assassiner le roi Venceslas de Pologne, afin de prendre sa place sur le trône. Sa tyrannie s’installe dans une Pologne imaginaire, où il fait régner l’absurde et la terreur à son seul profit. Ce monarque cupide et grossier a décidé de se rendre lui-même chez ses sujets, afin d’y collecter les impôts qu’il vient de doubler. Dans une pièce classique en 5 actes, le troisième correspond au nœud de la crise.  Nous allons voir que le despotisme du père Ubu conduit les paysans à la révolte.

    Problématique : Comment ces deux scènes soulignent-elles l’absurdité et la violence de la tyrannie ?

    I-                    Une remise en cause des codes du théâtre

    II-                  Un Roi farcesque

    III-                La violence du pouvoir

     

    I-                    Une remise en cause des codes du théâtre

    Ces deux scènes déconstruisent les codes du théâtre en mêlant différents genres et en inversant les caractéristiques de chacun d’ente eux ; pour le public, elle est à la fois choquante et déroutante.

    1.       Le mélange des genres :

    - Comédie : didascalies « paysans » (2 et 3) ; nous plonge dans l’univers de la comédie avec des personnages de condition modeste. + comique de mots : jurons « cornegidouille » ; mots inventés : « sabre à finances, corne finances, voiturin à phynances » associé au comique de répétition + mots déformés : « oneilles »+langage familier : « je m’en fiche »+comique de geste : « Ubu reste à ramasser la finance ».

    - Farce : langage grossier : « salopins de finance » + blasphème : association d’un  terme scatologique avec  énumération de saints : « de par ma merdre, par saint Jean, saint Pierre et saint Nicolas ! ».

    - Tragédie : personnages et thème  appartenant à l’univers tragique : « Le roi est mort »(4) + lutte de pouvoir « s’est emparé du trône ».

    - Drame romantique : (début XIXe) on peut également relever certaines caractéristiques du drame romantique qui traite de sujets historiques récents. Ici est évoqué un drame situé dans un univers aux références « authentiques », comme les villes de Varsovie et de Cracovie en Pologne, et une crise politique avec l’extermination d’opposants (7 à 9) et le fuite de la famille royale après l’assassinat du roi (4 et 5).

     

    2.       Perversion des repères :

       -  ce qui peut déstabiliser également le spectateur c’est que les rôles semblent inversés : les paysans        emploient un langage soutenu : «  Mais votre excellence », « Sire », « de grâce, ayez pitié de nous… », alors que le roi emploie un langage grossier (14, 26, 33).

    -   les patronymes font également l’objet d’une permutation : le roi est appelé « Père Ubu », comme un paysan, le prince est désigné comme « le jeune Bougrelas », rappelant une injure : bougre de…alors que le paysan porte le nom authentique d’un roi de Pologne : Stanislas Leczinski (18).

     

    II-                  Un Roi farcesque :

            Au théâtre, le portrait d’un personnage se construit à travers ce qu’il dit, comment il le dit mais également

    ce que disent de lui les autres personnages. Dès les premières répliques, on constate qu’Ubu est un roi farcesque, grossier, qu’il n’a ni les qualités ni le comportement d’un monarque.

    1.       Un personnage grossier et stupide :

    - portrait à travers les paroles des paysans et à travers son propre langage : « un affreux sagouin », « famille abominable », Ne cesse de jurer :   « merdre », « salopins ». « cornegidouille » x3

    - stupidité : ne sait pas parler correctement : « ces messieurs te couperont les oneilles », emploie des expressions présomptueuses, pédantes pour pallier à son ignorance «  de te dire, t’ordonner et te signifier », « à produire et exhiber » « avec supplice et décollation du cou et de la tête » : énumérations grotesques d’informations redondantes.

    2.       Monomaniaque et cupide : ne parle que d’argent, obsession et champ lexical dominant tout au long du passage, sourd à toute autre chose : la scène s’ouvre sur l’annonce que le roi va doubler et venir chercher les impôts (9-10) ; premiers mots du père Ubu : « je viens chercher les impôts ! » se termine par la didascalie correspondant à l’exécution de l’intention. + mot « finances répété inlassablement sous des formes et compositions différentes (15, 25 et 26, 39 et 41) +  « Payez (ordre x2) fortune, impôts, Grippe-sous… »

     

    III-                La violence du pouvoir

    Cette parodie du pouvoir, déjantée, permet en réalité de mettre l’accent sur la violence imposée par un gouvernement  despotique. On peut aussi bien y reconnaître la dénonciation de tout pouvoir autoritaire que la tyrannie de l’argent qui commence à diriger le monde en cette fin de XIXe siècle.

    1.       La violence physique :

       - Dès son entrée, Ubu fait irruption avec violence : à peine le paysan annonce-t-il que le roi doit venir ramasser les impôts (10), que l’on entend frapper à la porte ( 13) et qu’aussitôt la voix du père Ubu se fait entendre(14) : enchaînement rapide, comme un mal qui déferle sur la maison des paysans.

    - la didascalie ligne 16 souligne la violence de son entrée : « porte défoncée », « suivi d’une légion », ce qui évoque tout un régiment, beaucoup trop important pour une petite maison de paysans. Le terme « Grippe-Sous » est également agressif, évoquant l’avarice, la disposition à prendre le moindre sou.

    - enfin, à la fin du passage, on constate la disproportion des forces en présence : en une seule phrase, « la lutte s’engage, la maison est détruite » et le vieux paysan «  s’enfuit. » La révolte paysanne a été très brève.

    2.       La violence verbale :

    - prédominance dans la parole : questionne, ordonne : ouvrez (14-15) t’ordonner et te signifier (24), voiturez ici (26) payez ! (33 et 35) ; Comment te nommes-tu ? (17) Vas-tu m’écouter enfin ? (20) ; crois-u que je vienne ici pour prêcher dans le désert ? (22)

    - menaces : ses ordres sont accompagnés de menaces : « écoute-moi bien, sinon ces messieurs te couperont les oneilles » (19), « Sinon tu seras massacré » (25), « alors je tuerai tout le monde et je m’en irai » (31). 

    3.       Un roi despotique et sanguinaire :

                      - Ce qui semble n’être qu’une farce au premier abord, un jeu de provocation, laisse entrevoir sous le comique et les bouffonneries la violence  extrême d’un pouvoir totalitaire.

    -usurpation du pouvoir par la force : le roi est mort (…) le Père Ubu s’est emparé du trône. (1, 2,6).

    - élimination des opposants par le sang : « j’ai vu emporter les corps de plus de trois cents nobles et de cinq cents magistrats qu’on a tués. (8,9) » : hyperbole évoquant un bain de sang + idée de boire le sang de ses sujets, de s’enrichir sur leur dos : » j’aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m’en irai ».

    - abus de pouvoir : mauvaise foi : échange des lignes 20 à 22). + Lois édictées en son seul profit sans tenir compte de la justice : « c’est fort possible, mais j’ai changé le gouvernement et j’ai fait mettre dans le journal qu’on paierait deux fois tous les impôts et trois fois ceux qui pourront être désignés ultérieurement.» (31). Indifférent au sort de ses sujets et réaffirmation d’avoir tous les droits : « Je m’en fiche. Je suis le roi peut-être ! » (33,36).

     

     


  • Commentaires

    1
    Moteuczoma
    Jeudi 9 Juin 2016 à 22:29

    Bonjour, je suis un professeur de français à domicile depuis 3 ans bientôt, et je viens de découvrir votre blog. Je voulais en profiter pour vous féliciter de si bien le tenir ! L'essentiel y est concentré, et même parfois plus qu'il n'en faut. Je vais m'en servir pour accompagner le matériel pédagogique que j'ai déjà à ma disposition. Bonne continuation, je vous encourage à poursuivre ainsi, vous avez bien du mérite. 

      • Jeudi 9 Juin 2016 à 22:52

        Je vous remercie de votre encouragement !

      • Paul
        Mardi 13 Juin 2017 à 02:37

        Bonjour, j'ai fait comme plan ceci:

        I-Peuple informé et uni

        1) Des rumeurs qui se propagent

        2) Peuple déterminé à se battre

        II-Le Père, un personnage horrible

        1)Imposant

        2)Vaniteux

        3)Tragique

        et en 4 peut-être violent

         

        Cela pourrait-il marcher ou manque-t-il trop d'infos? Merci

    2
    Gold
    Jeudi 16 Juin 2016 à 13:15

    et y a pas de conclusion dans tout ça ?

      • Jeudi 16 Juin 2016 à 16:53

        1. Ayez la politesse de vous présenter

        2. Je ne suis pas à votre "service", commencez déjà par remercier pour l'aide qui vous est apportée GRACIEUSEMENT.

        3. La conclusion est à élaborer selon un plan remanié qui dépendra de la problématique posée le jour de l'oral. Le "self service" a ses limites. Prenez au moins la peine d'essayer de conclure par vous-même !

    3
    besacity
    Jeudi 2 Mars 2017 à 14:20

    merci bcp pr se commentaire ça ma bcp aidée et j'ai reperer une faute a la derniere ligne de la situation de passage les paysan au lieu de les paysans mais sinon mrc bcp encore une fois

      • Samedi 4 Mars 2017 à 17:32

        Bonjour, 

        Merci de m'avoir signalé cette faute : je la corrige immédiatement! Tant mieux si l'explication du passage a pu vous aider. 

    4
    hello
    Dimanche 11 Juin 2017 à 13:47
    Salut , salut . Est il judicieux de nommer le III) par "une critique dirigée vers les nobles " ? Jary le peins comme un Roi odieux , irrespectueux mais par dessus tout avar et cupides , l'homme de lettre s'attaque donc implicitement a la noblesse en l'accusant de soumettre le peuple et de le contraindre a la misere ce n'est qu'une hypothese bonne journee
      • Lundi 12 Juin 2017 à 19:29

        Bonjour, 

        Non, je ne pense pas qu'on puisse le considérer comme une critique de la noblesse (celle-ci est d'ailleurs présentée comme une victime d'Ubu). Il ne s'agit pas ici d'un texte politique ni social. On peut trouver une critique de la noblesse explicite chez Beaumarchais par exemple, au siècle précédent. Ubu roi est une parodie grotesque qui vise davantage à caricaturer la tyrannie, l'abus de pouvoir, et a en montrer l'absurdité ainsi que la violence. 

        Bonne soirée

    5
    Bryan
    Mardi 13 Juin 2017 à 18:18

    Bonjour,merci bcp pour ce travail qui m'aide énormément pour le bac

    Je voudrais savoir qu'est ce qui fait l'absurdité de cette scène car cela m'intrigue.Merci

      • Mardi 13 Juin 2017 à 19:12

        Bonjour, 

        Absurde a plusieurs sens qui peuvent fonctionner ici :" déraisonnable, fou" ; ce roi a bien un comportement qui défie la raison : il extermine son peuple, réclame de l'argent là où il n'y en a pas, des impôts qui ont déjà été payés...Il gouverne hors des lois, sans aucune sagesse ni équité. Par ailleurs, on peut aussi le prendre dans le sens de "stupide", "ridicule": il l'est tout au long de ce passage, dans sa façon grossière de s'exprimer, dans son comportement primaire, comme de se jeter à terre pour ramasser l'argent.

      • Mardi 13 Juin 2017 à 19:17

        Pour Paul : je ne pense pas qu'il soit pertinent de consacrer un axe complet au peuple. Vous pouvez étudier son comportement et sa sagesse en opposition à la brutalité stupide du père Ubu. Par ailleurs, 4 sous-parties dans le II, c'est trop. Un axe comprend généralement de 2 à 3  sous-parties; enfin, c'est la scène elle-même, comme indiqué dans l'analyse ci-dessus, qui présente une situation tragique, ce n'est pas le personnage qui est tragique.

    6
    Paul
    Mercredi 14 Juin 2017 à 00:20

    D'accord merci pour les informations, et donc aurais-je pu avoir une bonne note (aux environs de 13-14) si j'avais gardé mon plan et bien développé les infos?

    7
    Bryan
    Mercredi 14 Juin 2017 à 00:23

    Merci

    8
    terko
    Vendredi 2 Février 2018 à 21:11

    Merci

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