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      Le Personnage criminel dans la littérature et au cinéma 

     

    Pourquoi cette fascination pour le mal ? Pourquoi les personnages malfaisants et particulièrement les criminels nous attirent-ils autant ? Sans doute parce qu’ils transgressent la loi la plus fondamentale de l’homme social et de l’homme moral en s’arrogeant le droit d’enlever la vie à l’un de leurs semblables. Mais surtout, parce que leur personnalité, très complexe, soulève en nous des interrogations sur notre propre face cachée. 

     

    Certains crimes, et par conséquent certains criminels, peuvent-ils être pardonnés ? Justifiés ? Avons-nous tous  en nous-mêmes des pulsions criminelles ? Chacun d’entre nous est-il un meurtrier en puissance ? Existe-t-il des crimes « justes » ou « nécessaires » ? Cette question en elle-même suscite déjà l’effroi : les moralistes répondraient que non, les conséquentialistes que oui (au nom de « la fin justifie les moyens »- cf. à ce sujet l’excellent ouvrage de Marianne Chaillan : Game of Thrones, une métaphysique des meurtres). On peut penser par ailleurs au débat public très vif soulevé par l’affaire Catherine Sauvage, ces dernières semaines, avec, au cœur de la polémique, la question de la légitime défense. 

      

    La littérature policière nous conduit donc à réfléchir sur le personnage romanesque et l’engouement pour des criminels qui, dans « la vie réelle » nous révulseraient, mais aussi sur nos propres fantasmes inavouables.

    A- Le Roman Policier 

    Le policier est un genre  extrêmement riche qui se décline en plusieurs  sous-genres et registres : il relate toute la noirceur du monde et nous propose une vision complexe de l’homme avec intelligence, humour, acidité, audace…Il nous bouscule et nous émeut. En explorant les tréfonds de l’âme humaine et les travers de la société, il nous interpelle. Roman noir, roman à énigme, roman à suspense, thriller, ou roman historique : chacun y trouvera la tonalité qu’il préfère ! Le criminel n’y occupe pas  toujours la première place : mais il est là, omniprésent ou sous-jacent, fascinant ou repoussant, au cœur de l’intrigue, au centre de l’action ou de l’enquête.

    I- Un genre  longtemps déclassé :

    - en marge de la « Littérature », dans la paralittérature : littérature populaire, de « masse ».

    - pourtant exemplaire du genre romanesque, le roman policier en révèle les principales caractéristiques : liberté, multiplicité des genres et des personnages, interrogation sur l’homme et le monde, universalité des questions morales et existentielles et, en même temps, reflet d’une société ou d’une époque.

    II- Un succès exceptionnel :

    - Aujourd’hui, de nombreuses collections y compris dans la littérature de jeunesse

    - de nombreux prix littéraires et populaires  le consacrent chaque année, preuve de sa fécondité et de son constant développement

    -Portée internationale : contribue à faire connaître en France une littérature étrangère  peu connue jusqu’alors dans l’Hexagone. Inversement, de nombreux policiers français sont traduits en plusieurs langues.

    III- Classification de Tzvetan Todorov :

    Qu’est ce qu’un roman policier ? Comment définir  un genre qui rassemble des types de récits bien différents dans des univers variés.  Ce que tous les romans policiers ont en commun est :

    ·         Un crime

    ·         Un coupable

    ·         Une victime

    ·         Un enquêteur qui doit parvenir à expliquer rationnellement les événements.

     

    Le sémiologue et philosophe bulgare Tzvetan Todorov propose un classement des trois types principaux en les analysant en termes structurels ; il distingue le roman à énigme du roman noir, et ceux-ci du roman à suspense, sorte de « mixte » entre les deux premières catégories.

    Cf. Tableau page suivante

    Quels que soient le genre et les procédés employés, qui que soit le personnage principal, le détective ou le criminel, on constate que le fil conducteur, l’intérêt premier tourne autour du criminel et de ses actes : revenir sur son crime, ses gestes, ses motivations dans le roman à énigme ; explorer  son univers, anticiper ses intentions dans le roman noir, se perdre dans les méandres d’un esprit la plupart du temps pervers ou redoutablement intelligent dans le roman à suspense.    

                         

                                                                        

                                            

          

     

      

                                            

          

     


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