• La Boucherie  Humaine

    Théodore de Bry 

     

    Un exemple permet d’établir cette nouvelle vision des Espagnols catholiques: sur la dixième planche de la suite lascasienne, intitulée La boucherie de chair humaine, de Bry cherche à montrer, au public européen, différents moments de la relation entre les Indiens et les Espagnols dominateurs. Les informations, au premier abord, font penser que cette image évoque le cannibalisme des Indiens. Au premier plan, dans la partie droite de la planche, des Amérindiens, reconnaissables à leur quasi-nudité, semblent préparer un festin de chair humaine: deux d’entre eux équarrissent un corps démembré et décapité, l’ouvrant par la colonne vertébrale, un autre paraît se régaler d’un avant-bras, tenant par les cheveux une tête sans corps, dont l’expression évoque la frayeur. L’élément le plus horrible aux yeux des Européens de l’époque est sans conteste l’enfant qui semble dormir sur le «boucan», alors qu’il est probablement mort, et qu’il cuit, «ses chairs tendres [rendant] inutiles l’équarrissage» (Duviols, 1995: 207). La présence des Espagnols rend cette scène plus odieuse encore, non seulement parce que ces derniers laissent les populations locales cuire un jeune enfant et équarrir un adulte, et ne semblent pas choqués de voir un autochtone déguster des membres humains. Pire, ils organisent cette consommation. Tapis dans l’ombre, deux Espagnols pratiquent ce «troc de l’horreur», proposant une jambe ou un tronc contre un collier. Toutes sortes de morceaux provenant de corps humains pendent sur des esses (Lestringant, 1996: 212), comme dans une boucherie européenne. Il semblerait d’ailleurs que le dépeçage du corps du premier plan soit dirigé par l’Espagnol qui tient une hallebarde et qui paraît indiquer les morceaux à conserver et donc à troquer. La cruauté des Espagnols aurait pu se limiter à cette horreur, mais de Bry veut montrer que, dans cette partie de l’Amérique, les Ibériques dominent les populations indigènes qui souffrent des coups portés par leurs colonisateurs. Sur la même image, la cruauté du cannibalisme organisé par les Espagnols se joint à la violence qu’ils exercent sur ceux qui leur sont soumis. Les Indiens transportent pour leurs maîtres des objets particulièrement lourds, comme un canon ou une ancre. L’un d’entre eux ploie sous le poids de l’ancre de caravelle qu’il soulève (Duviols, 1995: 207), surveillé de près par un homme vêtu à l’espagnole. À l’arrière-plan, ce même Indien chute «pour la première fois» (Lestringant, 1996: 214), et est fouetté par les Européens qui l’entourent. Ainsi que le précise J.-P. Duviols, «cette ancre ressemble à s’y méprendre à une croix» (Duviols, 1995: 207) et le jumelage des deux scènes décrites précédemment permet d’établir un lien entre cet indigène qui porte, courbé, l’ancre, «pareil à Jésus montant au Golgotha, courbé sous la croix» (Lestringant, 1996: 214) et les textes relatant le chemin de croix de Jésus. De Bry semble donc substituer le Christ à l’Indien et les Romains aux Espagnols, comble de la honte pour le royaume catholique. Supportant les coups de bâton, les indigènes poursuivent leurs corvées. Mais il est d’autres supplices plus odieux qui sont illustrés par le graveur. Sept autres images évoquent les châtiments corporels: fouet, viols, sectionnement de membres, pendaison, Indiens jetés en pâture aux chiens, et même un bébé indigène découpé en deux ou fracassé contre une hutte indienne.

     

    https://journals.openedition.org/assr/21838?lang=en


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    Dioscoro Puebla - Premier débarquement de Colomb

     

    Dioscoro Puebla (1862)

     

      Premier débarquement de Colomb


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  • Paul Gaugin, Nave Nave Mahana ( Jours Délicieux)- 1896.

    Huile sur toile ( 95 cm x 130 cm). Musée des Beaux-Arts de Lyon.

     

    Gauguin- Nave Nave Mahana


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  • Christophe Colomb- Théodore de Bry

     

    BNF

    Colomb reçoit des présents des indigènes tandis que ses compagnons dressent une croix de bois
    Grands Voyages, America pars quarta
    Théodore de Bry (1528-1598), Francfort, 1592.
    Gravure
    BnF, département des Cartes et Plans, CPL GE FF-8185, pl. IX
    © Bibliothèque nationale de France
     
    Deux moments distincts de la découverte du Nouveau Monde sont représentés sur cette image. À l'arrière plan figurent les trois vaisseaux de la flotte de Christophe Colomb : deux caravelles, la Pinta et la Niña, et son navire amiral, la Santa Maria. Une partie de l'équipage ploie les voiles tandis qu'une autre s’apprête à prendre une chaloupe pour débarquer sur le rivage. Colomb rapporte dans son Journal de bord que l'île est peuplée d'Indiens Taïnos, alors en guerre avec la tribu des Caraïbes, qui enlèvent les femmes et dévorent les prisonniers. On voit ces indigènes, représentés comme des individus "naturels", courant nus à droite de l'image. Ils paraissent apeurés par l'arrivée des Espagnols, si différents d'eux dans leurs armures brillantes.
    La rencontre proprement dite à lieu au premier plan : Christophe Colomb en impose, habillé comme un prince et tenant fermement une hallebarde en signe de puissance et d'autorité. Face à lui, les "sauvages", tous semblablement nus, pagne à la taille, présentent à Colomb : bijoux, coffres, statues et autres vases, symboles de leur richesse, c'est-à-dire des gisements aurifères que les Espagnols vont exploiter.
    Publiée en 1592, la planche est à replacer dans le contexte des guerres de religion : gravée par un protestant en exil, l'image semble dénoncer la "catholisation forcée" des populations indigènes (représentées nues, vulnérables), par les colons espagnols (figurés armés, dominateurs) alors que ceux-ci sont accueillis avec bienveillance par des cadeaux de valeur. La croix chrétienne, dressée par les Espagnols à gauche de l'image, et la lance, tenue fermement par Colomb, annoncent l'appropriation d'un territoire et sa conversion.

    Christophe Colomb- Théodore de Bry

     

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    Le voyage et les récits de voyage au XVIIIe siècle

     

    https://gallica.bnf.fr/essentiels/parcours-pedagogiques/images

     

     


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    Peuple cannibale nu (Amérindiens)
    Dans Grands voyages : Americae tertia pars, Vol. II p. 128
    Théodore de Bry (1528-1598), auteur, 1592.
    Gravure en taille douce
    BnF, Estampes et photographie, EC-7 (D, 2)-FOL
    © Bibliothèque nationale de France
     
     
     
     
     
     
     
     
    Aux Taïnos, perçus par Christophe Colomb comme de "bons sauvages", c'est-à-dire faciles à convertir et à exploiter, s'opposent leurs ennemis traditionnels, les Caraïbes (ou Karib), appelés "cannibales" pour leurs pratiques anthropophages, et présentés comme le symbole même du "mauvais sauvage", qui ne respecte aucune loi, ni naturelle, ni divine.
    L'anthropophagie des Caraïbes n'est pas confirmée. En revanche, la pratique est avérée au Brésil, chez les Tupinamba. Cette image d'indigènes partageant un repas humain correspond au récit de Jean de Léry (1536-1613) qui a vécu auprès des Tupinamba et raconté son expérience dans Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil (1578). Il rapporte leurs pratiques anthropophages, rituel visant à s'approprier la force de ses ennemis en mangeant les prisonniers.
    De telles images édifiantes véhiculèrent l'idée que le Nouveau Monde était la terre du Démon, peuplée d'êtres intrinsèquement barbares à soumettre, policer et évangéliser par les chrétiens européens.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

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