• L'Etranger de Camus

    Un roman qui illustre de façon narrative la théorie philosophique de l'absurdité de l'existence humaine.

    "Aujourd'hui, maman est morte? Ou peut-être hier, je ne sais pas".

    Cette première phrase de l'incipit annonce de façon on ne peut plus concise et percutante la suite du récit. Meursault se rend à l'asile mais il refuse de voir sa mère. Il boit du café, fume, reste devant le cercueil fermé comme "ailleurs", comme s'il n'était concerné que de très loin par le décès de sa mère.

    Et c'est en fait l'attitude  de Meursault, comme indifférente, insensible, impassible, qui sera condamnée lors du procès, plus que le meurtre de l'arabe : celui qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère est un monstre. Celui qui ne s'intègre pas à la société, qui ne dit rien, est une sorte de criminel. Meursault est étranger aux autres, étranger à lui-même. Il subit son existence. Le meurtre de l'arabe n'a pas plus de sens que son existence, que sa liaison avec Marie. Meursault semble une plante qui se nourrit du soleil, de l'air, qui bouge parce qu'il faut bouger, sans but ni raison précise. 

    "C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu". C'est une réaction physique, une tension due à la chaleur, à l'aveuglement d'une lumière trop intense qui le fait appuyer sur la gâchette. 

    Alain Robbe-Grillet, auteur appartenant au courant du Nouveau Roman écrit : " On éprouve la sensation choquante d'avoir pénétré dans une conscience tournée de façon exclusive vers le dehors, sensation inconfortable et paradoxale s'il en fût, puisque justement cette conscience-là n'aurait pas d'intérieur", pas de "dedans", elle est sans cesse projetée  hors de soi". ( Le Magazine Littéraire)

    Ce n'est pas une conscience vide, mais une conscience vidée :  Meursault s'abstient de reproduire les sentiments faits d'avance, les paroles convenues et les lois codifiées. 

     

     

    Un style déroutant :  un point de vue externe dans un point de vue interne, qui illustre l'incompréhension entre l'Homme et le monde.

    Les phrases adoptent un ton neutre, monotone, sans aucun procédé stylistique particulier : comme une énonciation basique et blanche : "Les phrases courtes, neutres, presque métalliques de l'Etranger, cette impression permanente qu'a Meursault d'être le figurant maladroit d'une pièce qu'il ne comprend pas et dont on lui demande de jouer le rôle principal, illustrent en effet plus efficacement qu'un traité l'ennui existentiel et le sentiment de l'absurde".

    Pour Camus, l'absurde naît de la confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde à son égard. L'Homme ressent une soif de comprendre le monde; ce dernier a peut-être un sens, mais il reste opaque aux hommes.

    Pourquoi Meursault, à la fin du roman, se sent-il enfin le cœur léger? Parce qu'il ressent précisément le détachement de sa part humaine et qu'il entre dans "la tendre indifférence du monde".

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :