• Etude de l'image

    1. Adaptation de la BBC - (dramatised by Philip Macie)

    Les intentions de Zola :

    Dans la préface de Thérèse Raquin, Zola répond à la critique outragée qui s'est indignée de la grossièreté et de la brutalité de cette oeuvre "putride":

    "Dans Thérèse Raquin, j'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier. J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair. Thérèse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus (...) Les amours de mes deux héros sont le contentement d'un besoin ; le meurtre qu'ils commettent est une conséquence de leur adultère, conséquence qu'ils acceptent comme les loups acceptent l'assassinat des moutons; enfin, ce que j'ai été obligé d'appeler leurs remords, consiste en un simple désordre organique, en une rébellion du système nerveux tendu à se rompre. L'âme est parfaitement absente, j'en conviens aisément, puisque je l'ai voulu ainsi."

    La volonté de Zola est donc de montrer, à travers ses personnages, la puissance des pulsions qui gouvernent le corps.  Il prétend analyser le mécanisme du comportement humain, en particulier celui d'une femme frustrée, inassouvie, torturée par les appels de sa chair et qui rencontre un homme puissant, également soumis à ses désirs. L'écrivain ne les considère que comme deux corps, comme deux "bêtes" qu'il étudie, effectuant "le travail analytique que les chirurgiens font sur les cadavres."

    Les défis du réalisateur :

    • traduire en images et de façon "plastique" l'ambiance morbide, le cadre propice au meurtre que nous avons étudié en classe; concrétiser les métaphores, les personnifications.
    • montrer par le choix et le jeu des acteurs la force brutale de ces deux personnages dominés par leurs pulsions.
    • enfin, prendre le parti de coller totalement au texte, d'être le plus fidèle possible à l'auteur, ou réécrire pour ainsi dire le roman, en utilisant les ressources propres au cinéma qui peuvent transmettre le même message mais d'une autre façon.

    Analyse de l'image :

    • la version de la BBC exhibe clairement son intention de coller au texte au plus près. Chaque geste ou détail indiqué dans le livre est reproduit avec exactitude dans le film.
    • L'époque, le lieu du drame sont respectés.
    • Les effets recherchés par l'auteur par certaines figures de style sont produits par différents moyens 

    - la musique lancinante remplace "dans les cieux, des souffles plaintifs de désespérance"

    - la caméra filme bien, au moment où la barque s'isole, "deux bandes qui allaient se rejoindre à l'horizon"

    - le crépuscule est suggéré par le soleil qui disparaît derrière les arbres.

    - les reflets dans l'eau évoquent " l'étoffe blanchâtre"qui elle-même rappelle des linceuls.

    - le paragraphe concernant la description physique de Thérèse, où l'attention du lecteur se focalise sur ce personnage que nous avons comparé à une satue, pétrifiée par l'effroi, est matérialisé par un  plan moyen (le spectateur ne voit plus qu'elle) puis un gros plan sur son visage aux  yeux fixes et écarquillés, ainsi que le précise Zola.

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    2. Le film de Marcel Carné- Lion d'argent de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise en 1953.

     Une transposition

    L'adaptation de Marcel Carné déroute. Certains puristes se demandent même pourquoi avoir intitulé le film Thérèse Raquin  alors que les nombreuses modifications nous éloignent considérablement de l'oeuvre romanesque. Marcel Carné a très tôt envisagé d'adapter au cinéma le roman de Zola, mais l'idée lui est venue tout aussi vite de déplacer l'intrigue dans les années 50. Puis, il pense en réalisateur, il conçoit l'histoire en images, en sons, en lumière et obscurité. D'autres changements s'imposent à lui au fur et à mesure que s'élabore le scénario. Dès le début, il a également choisi son actrice pour interpréter Thérèse : Simone Signoret. Son jeu tout en retenu donne au personnage féminin une personnalité différente : ce n'est plus une femme "bestiale", muée par ses instincts, telle que Zola la concevait, mais un être vibrant intérieurement, prisonnière de ses sentiments.

    • le lieu : un train et non une rivière
    • le crime : la victime est précipitée par la portière alors que le train est en marche, et non noyée. 
    • la préméditation : elle disparaît. L'acte est spontané, motivé par la colère rageuse de Laurent et l'ignominie de Camille.

    Les mêmes personnages transportés dans une histoire d'amour.

    Le titre est justifié par la reprise du quatuor et le noyau de l'intrigue : une jeune orpheline élevée par sa tante qui décide par convenance de la marier à son fils, faible et maladif, enfant unique gâté et égoïste. Par gratitude, Thérèse accepte. Mais la jeune femme s'étiole dans une existence vide et monotone, sans passion, sans amour, une existence routinière où le véritable couple semble formé par le fils et la mère. Jusqu'au jour où Laurent apparaît. Le mari devient l'élément gênant.

    • Laurent n'est plus réellement un ami de Camille. Cela rendrait le crime plus odieux. C'est un travailleur italien immigré: modification justifiée par le nouveau contexte temporel ( années 50, après la guerre) mais aussi parce qu'il s'agit d'une production franco-italienne.
    • Camille devient particulièrement odieux, minable, maître chanteur : il veut cloîtrer Thérèse et lui tend un piège lorsqu'elle lui annonce son désir de divorcer. Il menace de dénoncer Laurent à la police et de lui faire retirer sa carte de travail. Quand Laurent insiste sur le fait que Thérèse ne l'aime pas et ne l'a jamais aimé, il trouve pour toute réponse : "elle n'a qu'à faire semblant".
    • Thérèse est une femme digne et honnête : elle a fait la promesse à son mari de l'accompagner à Paris, ignorant qu'il s'agit d'un piège, et veut lui laisser la dernière chance qu'il lui a demandée, avant de partir avec Laurent. Elle est réfractaire à l'idée de fuite. Elle est secouée par le crime, mais en assume la responsabilité avec l'homme qu'elle aime.

    Ainsi, la thèse de Zola sur les mécanismes physiologiques est effacée au profit d'une histoire d'amour, d'un crime passionnel qui trouve ses justifications dans l'attitude insupportable et menaçante de Camille. Le sujet est plus adapté au public de l'époque et à l'expression cinématographique. Le dénouement est aussi tragique dans les deux versions : mais aux remords des deux assassins qui tournent à la folie chez Zola, se substitue dans le film l'intervention fatale d'un témoin qui fait chanter les deux amants, et qui finit par les dénoncer par accident.

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    Marcel Carné avec Raf Vallone et Simone Signoret


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