• Corrigé bac blanc 1

     

    Voici un excellent corrigé concocté avec efficacité et précision par ma collègue, Mme Grandjean. 

    Je vous le propose avec son autorisation.

    COMPTE-RENDU DU BAC BLANC 1 « Leçons comiques »

     

    CORPUS

    Quelques rappels de méthode :

    • Il faut présenter les textes (auteur, titre, époque) mais aussi leur point commun, ce qui les réunit : ici, il faut dire que ce sont des leçons comiques, ou l’équivalent (NB : Au bac le corpus ne porte pas de titre)
    • Fin de l’intro : formuler la question
    •  Développement : 1 § = 1 idée, justifiée par plusieurs textes (et pas  1§ = 1 texte)

     

    Sujet :

    ·         « En quoi » = comment, par quels procédés donc raconter ce qui se passe dans chaque extrait ou étudier les critiques véhiculées par les textes=  Hors-sujet :

    • Il faut une analyse précise, basée sur des citations analysées

     

    INVENTION

    Attention à l’analyse du sujet !:

    • « un Monsieur Jourdain » : ne pas reprendre le même personnage, mais un équivalent, un personnage du même type (cherchant à s’élever socialement mais naïf, stupide)
    • « contemporain »  = d’aujourd’hui ! donc il ne faut pas de personnage qui veut rentrer à la cour du roi ! … mais trouver un équivalent actuel d’ascension sociale. Sinon = hors-sujet !
    • « vous pourrez utiliser certains procédés comiques présents dans les textes du corpus » ne veut pas dire recopier les phases du texte, mais s’inspirer des procédés dégagés dans la question sur corpus. Sinon = plagiat !

     

    DISSERTATION

    Attention au sujet !:

    • il faut se limiter aux exemples comiques (parler de tragédies est hors-sujet, sauf pour des contre-exemples)
    • les arguments doivent également bien être reliés au registre comique. Par exemple, dire que l’on s’identifie plus aux personnages dans une comédie, que ce genre reflète la réalité, n’est pas vraiment lié aux aspects comiques de ces pièces…

     

    Rappels de méthode :

    • chaque sous-partie = 1 idée, développée  et illustrée par un ou plusieurs exemples (et non 1 sous-partie = 1 exemple !)
    • les exemples n’ont aucune valeur s’ils ne sont pas expliqués (l’examinateur ne sait pas forcément de quoi vous parlez) et explicitement reliés à l’argument ; se contenter de citer un titre ne suffit pas ! (ne pas dire : il y a du comique de geste dans les fourberies de Scapin, mais expliquer quelle scène, quels gestes…)

     

     

    exemple  de plan détaillé. Remarque : je développe un maximum d’exemples pour que vous puissiez en trouver que vous connaissez, et pour enrichir vos références. On n’en attendrait pas forcément autant. Je joins aussi des liens vers des pages du manuel ou d’autres documents pour ceux qui voudraient aller plus loin…

     

    I.              Les aspects comiques d’une pièce ont pour fonction première de faire rire

    A)   longue tradition de genres purement comiques

    cf la commedia dell’arte : pièces drôles basées essentiellement sur des acrobaties verbales ou gestuelles; idem dans les farces populaires au Moyen-Age, qui ont en partie inspiré Molière  dans certaines pièces comme Le Médecin volant. + Au XIXème, développement des vaudevilles jouant beaucoup sur les calembours quiproquos etc (voir manuel p. 277 « le théâtre de boulevard » + « la mécanique du vaudeville » p. 340) avec Labiche ou Feydeau (texte B).

     

    B)   repose sur de nombreux procédés comiques :

    ·         de situation ex : scène de la table dans Tartuffe de Molière : pour piéger Tartuffe qui se fait passer pour un homme de bien, Elmire demande à son mari de se cacher sous la table et d’être témoin des avances que Tartuffe lui fait

    ·         de caractère ex : Jourdain naïf (texte A), Arnolphe, le barbon désagréable dans l’Ecole des femmes de MOLIERE, Arlequin, valet bon vivant et rieur dans l’île des esclaves de Marivaux…

    ·         de mots ex : comique de répétition fréquent chez Molière : « Qu’allait-il faire dans cette galère (les Fourberies de Scapin), « Et Tartuffe ? / Le pauvre homme (Tartuffe) ; la mauvaise liaison sur les Zhébrides texte B… + jeu sur les accents : patois gascon dans la scène du sac des fourberies, les paysans dans l’acte II de Dom Juan

    ·         de geste cf farces citées plus haut, coups de bâton des fourberies, bousculades d’Alain et Georgette qui se battent pour aller ouvrir la porte dans L’Ecole des femmes

     

    C) souvent, la représentation accentue le comique, en ajoutant d’autres éléments non notés dans les textes ; ex :on imagine la scène avec l’acteur interprétant M. Jourdain surjouant la gestuelle (texte A) +  costumes ridicules de Sganarelle dans la mise en scène de Dom Juan par Mesguich : généralement habillé en espèce de clown et scène où il est censé être déguisé en médecin : est travesti en infirmière cf. ci-dessous +  lien :https://www.dailymotion.com/video/x4b7ww

     

                     

     

     

     

    II.            Mais le registre comique a également d’autres fonctions :

    A)   dédramatiser, faire baisser la tension

    ex ds les drames romantiques : alternance de scènes lyriques, pathétiques voire tragiques / scènes comiques qui détendent cf MUSSET On ne badine pas avec l’amour + HUGO Ruy Blas :scène comique qd le vrai Don César revient d’exil et ne comprend absolument rien à ce qui lui arrive, puisqu’en fait son identité a été usurpée par Ruy Blas = pause entre des moments tendus. Idem dans Cyrano de Bergerac de Rostand : présence de scènes drôles, légères (la tirade du nez, dans la pâtisserie…) contrastant avec les scènes tristes (amour déçu, mort de Christian…)

    idem dans l’Atelier de Grumberg (1979) : les scènes graves voire tragiques (cf « L’acte de décès, dans le DM « justice » quand Hélène se révolte contre l’oubli du génocide des Juifs) sont tempérées par des scènes drôles, où les personnages rient et plaisantent. (Cf manuel p.530-531)

     

    B)   « Corriger les hommes » (Molière) , cf devise de la comédie : « Castigat ridendo mores » (= corrige les mœurs par le rire) surtout avec des  personnages ridicules servant à nous corriger de nos éventuels défauts. Ex : Harpagon et son avarice excessive dans l’Avare ; Arnolphe et sa jalousie exacerbée dans l’Ecole des femmes…(cf « la comédie et la satire » manuel p. 157 + « la force du rire » p. 155)

     

    C)   Rire = arme critique (sociale ou politique) ex : critique des abus des maîtres sur leurs valets dans l’île des esclaves de Marivaux ; critique des privilèges de la noblesse ou de  la censure qui passe par l’ironie dans le monologue de Figaro (BEAUMARCHAIS Le Mariage de Figaro, manuel p. 250) ou Le Barbier de Séville. ; mises en garde contre les totalitarismes dans Rhinocéros de Ionesco (la transformation contagieuse des hommes en rhinocéros étant une métaphore de la tendance à suivre le groupe et la force brutale au lieu de conserver des valeurs humanistes)…= rire de résistance, utilisé par la compagnie les Chiens de Navarre, notamment dans Jusque dans vos bras, pièce vue au TDB par les 1ES2  cf interview : http://www.tdb-cdn.com/jusque-dans-vos-bras (à partir de 5min10)

     

     

    D)   [Le rire peut aussi révéler une angoisse existentielle, notamment dans le théâtre de l’absurde. Ex : BECKETT, En attendant Godot : deux clochards attendent en vain un énigmatique Godot (= Dieu ?) ; à un moment, l’un d’eux, désespéré, veut se suicider, mais la corde casse (cf annexe 1) : mélange de rire (comique clownesque) et d’angoisse tragique. Idem chez Ionesco, pour qui le rire est d’ailleurs tragique cf annexe 2  ]

     

     

     



     

     

    COMMENTAIRE

    Rappels de méthode :

    • Il faut formuler une problématique !
    • Vous pouvez vous servir des pistes ouvertes par la question sur le corpus. Ici, par exemple, vous pouvez reprendre les aspects comiques… mais souvent vous avez été gênés par ce texte que vous aviez du mal à identifier comme comique ; donc appuyez-vous justement sur cela pour élargir votre réflexion sur le texte : n’est-il que comique ? cela pouvait fournir une problématique.

     

    Exemple de problématique :

    En quoi ce texte est-il représentatif du théâtre de l’Absurde ?  

    NB : si vous identifiez le théâtre de l’absurde c’est plus facile, mais si vous ne le connaissiez pas vous pouviez quand même vous en sortir : certaines bonnes copies repèrent les mêmes caractéristiques. Par exemple, dans un devoir, une problématique du type « Comment cette leçon apparemment sérieuse perd peu à peu toute crédibilité » a bien fonctionné.

     

     

     

    Exemple de plan (plus ou moins détaillé)

     

    I.              Registre ambigu

    A-   aspects comiques (cf corpus)

    ·         comique de mots : répétition, anaphore de « oui monsieur » + suites de mots sans queue ni tête l.16 et 33 + jeu de mots sur l’expression « ne pas tomber dans l’oreille d’un sourd » qui semble prise ici au pied de la lettre  (« les mots tombent, alourdis »…)

    ·         interruptions incessantes du professeur par l’élève (cf nombreux points de suspension)

    ·         gestuelle avec les didascalies indirectes l. 11-12

    ·         caractère : professeur pédant qui semble s’écouter parler et qui continue son cours coûte que coûte (longues tirades avec emploi d’un vocabulaire pseudo-scientifique l. 16-17)

     

    C)   mais présence d’aspects inquiétants

    ·         professeur de plus en plus impatient et dur avec l’élève, cf nombreux impératifs dans des phrases courtes et très sèches :« Taisez-vous », « Continuons ». (NB : à la fin de la pièce, le professeur va jusqu’à tuer son élève !)

    ·         souffrance de l’élève ; réelle ou feinte ? ambiguïté de la didascalie « l’air de souffrir » : a-t-elle vraiment mal ou non ?  mais affirmation à deux reprises « J’ai mal aux dents ».  + gradation cf didascalie « souffrir de plus en plus » l. 30

    ·         or : aucune prise en compte de cette souffrance qui est minimisée : « ça n’a pas d’importance », « si peu de chose » + ensuite, il n’en parle même plus et se contente de « continuons »

     

    Donc scène ambiguë : doit-on rire ? Ambiguïté constamment présente chez Ionesco qui ne sépare pas comique et tragique (cf annexe 2) + la mise en scène sera déterminante pour infléchir vers le comique ou non, la souffrance réelle de l’élève ou non…

     

    II.            Remise en question du langage et de la communication

    A-   un étrange dialogue

    alternance de répliques professeur/élève, mais en fait il n’y a pas vraiment de communication entre les deux :

    • un soliloque déguisé : à part les répliques qui répondent aux interruptions par l’élève (ex l. 7,28, 35), quasiment toutes les répliques du professeur se terminent par des points de suspension (l.2, 5, 23…) : si l’élève ne l’interrompait pas pour finir ses phrases ou commenter, le professeur ferait en fait une longue tirade didactique, un soliloque. Or cette tirade, constamment interrompue par l’élève finit par perdre de son sens et de sa clarté 
    • Il n’y a pas vraiment dialogue non plus car l’élève se contente de finir les phrases du prof (l. 6, 24) ou de répéter mécaniquement « oui monsieur »
    • Le professeur interpelle l’élève, cf apostrophe « Mademoiselle » l. 1 + nombreuses marques de la 2ème personne (« sachez-le, souvenez-vous ») mais en fait il ne semble pas vraiment vouloir qu’elle participe, cf négations  « N’étalez donc pas votre savoir », « n’interrompez pas »… + il lui indique les gestes à faire avec des verbes à l’infinitif « lever très haut le cou », « vous élever »… mais n’admet pas qu’elle les fasse : « restez assise »
    • Fin : le professeur ne prend pas en compte ce que dit l’élève (« J’ai mal aux dents ») et continue son cours sans vraiment l’écouter

    Donc absence de véritable communication entre eux

     

    B-   Un jeu avec le langage

    • Propos du professeur très imagés, cf métaphore filée des oiseaux pour parler des « sons » l. 9sq + « oreilles des sourds » deviennent « tombeaux » par métaphore + les mots crèvent « comme des ballons »… = utilisation assez poétique de la langue
    • Jeux sur les mots : détourne l’expression figée « ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd » qu’il prend au pied de la lettre, comme si les mots « tomb[aient] » vraiment (l.9)  après avoir « voltig[é] » dans les airs
    • les exemples  de liaisons donnés l. 33 tournent à l’absurde ! : il y a bien des liaisons dans « trois heures » ou « les enfants », mais aucune dans « l’âge nouveau » et « voici la nuit » ! donc ses propos sont purement fantaisistes, le langage est juste une sorte de jeu poétique.

     

     

    C- Un langage dénué de sens

    • cf remarque précédente + Le professeur parle beaucoup (longues tirades), mais ses propos sont en fait dénués de sens : on dirait qu’il prend surtout plaisir à parler et à s’écouter, cf phénomènes de répétitions « voltigeront, voltigeront » + rythme ternaire l.19-20 (« des syllabes, des mots, des phrases » + allitérations : son [s] l. 22-23 etc…
    • vocabulaire scientifique : émettre des sons », « poumons », « cordes vocales, « air chaud », « vitesse »….  Donc ses propos semblent fondés sur des lois physiques, mais en fait cela n’a aucun sens (certains mots légers voleraient et d’autres, lourds, tomberaient !; il fait comme si les mots étaient vraiment des objets). Donc le langage n’est pas vraiment fondé sur la raison.
    • Le professeur avoue lui-même que le langage ne signifie rien :selon lui les sons semblent « s’agripp[er] les uns aux autres automatiquement » : l’adverbe suggère que cela se fait en dépit de volonté et de tout sens. + les « phrases » sont définies (« c’est-à-dire ») comme « des assemblages purement irrationnels de sons, dénués de tout sens » ; les mots qui auraient un sens (« chargés de signification »), eux, « tombent dans les oreilles des sourds », donc ne sont pas entendus, ou « crèv[ent] comme des ballons »… donc soit le langage n’a pas de sens, soit il échoue !

     

    NB : Ce pessimisme concernant le pouvoir de communication du langage est un leitmotiv chez Ionesco, cf La Cantatrice chauve (lien vidéo en annexe 3 + manuel p. 494-495), pièce fondée justement sur une fausse communication, faite d’une succession de répliques dénuées de tout sens.

     + Cela rejoint la partie I, car cette communication défaillante peut être source de comique, et/ou éminemment tragique. 

     

    ___________________________________________________________________

    Annexe 1 – extrait de En attendant Godot de Beckett (1952)

    ESTRAGON : Et si on le laissait tomber ? (Un temps.) Si on le laissait tomber?

    VLADIMIR : Il nous punirait. (Silence. Il regarde l’arbre.) Seul l’arbre vit.

    ESTRAGON  (regardant l’arbre.) : Qu’est-ce que c’est ?

    VLADIMIR : C’est l’arbre.

    ESTRAGON : Non mais quel genre ?

    VLADIMIR : Je ne sais pas. Un saule.

    ESTRAGON : Viens voir. (Il entraîne Vladimir vers l’arbre. Ils s’immobilisent devant. Silence.) Et si on se pendait ?

    VLADIMIR : Avec quoi ?

    ESTRAGON : Tu n’as pas un bout de corde ?

    VLADIMIR : Non.

    ESTRAGON : Alors on ne peut pas.

    VLADIMIR : Allons-nous-en.

    ESTRAGON : Attends, il y a ma ceinture.

    VLADIMIR : C’est trop court.

    ESTRAGON : Tu tireras sur mes jambes.

    VLADIMIR : Et qui tirera sur les miennes ?

    ESTRAGON : C’est vrai.

    VLADIMIR : Fais voir quand même. (Estragon dénoue la corde qui maintient son pantalon. Celui-ci, beaucoup trop large, lui tombe autour des chevilles. Ils regardent la corde.) A la rigueur ça pourrait aller. Mais est-elle solide ?

    ESTRAGON : On va voir. Tiens.

    Ils prennent chacun un bout de la corde, et tirent. La corde se casse. Ils manquent de tomber.

    VLADIMIR : Elle ne vaut rien.

    Silence.

    ESTRAGON : Tu dis qu’il faut revenir demain ?

    VLADIMIR : Oui.

    ESTRAGON : Alors on apportera une bonne corde.

    VLADIMIR : C’est ça.

    Silence.

     

    Annexe 2 -IONESCO extrait de Notes et contre-notes (1962) :

     Je n’ai jamais compris, pour ma part, la différence que l’on fait entre comique et tragique. Le comique étant l’intuition de l’absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. Le comique est tragique, et la tragédie de l’homme dérisoire. Le comique n’offre pas d’issue. Je dis « désespérant », mais, en réalité, il est au-delà ou en deçà du désespoir ou de l’espoir. Pour certains, le tragique peut paraître, en un sens, réconfortant, car, s’il veut exprimer l’impuissance de l’homme vaincu, brisé par la fatalité par exemple, le tragique reconnaît, par là même, la réalité d’une fatalité, d’un destin, de Lois régissant l’univers, incompréhensibles parfois, mais objectives. Et cette impuissance humaine, cette inutilité de nos efforts peut aussi, en un sens, paraître comique. J’ai intitulé mes comédies antipièces, drames comiques, et mes drames pseudo-drames ou farces tragiques, car, me semble-t-il, le comique est tragique, et la tragédie de l’homme est dérisoire ».

     

    Annexe 3- extrait de La Cantatrice chauve dans la mise en scène de Lagarce

    https://www.youtube.com/watch?v=C-BkB118nGo

     

    Annexe 4- extrait vidéo de La Leçon de Ionesco montrant davantage encore l’utilisation absurde du langage :

    https://www.youtube.com/watch?v=GNU2EBuGSf4

    ou si vous voulez voir la pièce en entier :

    https://www.youtube.com/watch?v=Jgxv6wp4ivw

     

     

     

     

     

     


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