• Corpus de documents sur l'image du corps et de la médecine de la Renaissance au XVIIe siècle

    • biographie de Rabelais ( moine et médecin)
    • Pantagruel (1532) de Rabelais (extrait) :

    Le géant Pantagruel abrite ses soldats sous sa langue. Le narrateur, Alcofibras Nasier  (anagramme de François Rabelais) qui fait partie de son armée, s'aventure dans la bouche de son "maître".

     

    Mais, ô dieux et déesses, que vis-je là ? Que Jupiter m'abatte de sa triple foudre si  je mens. J’y cheminais comme l’on fait à Sainte-Sophie à Constantinople, et j’y vis des  rochers grands comme les monts des Danois (je crois que c’étaient ses dents) et de  grands prés, d'imposantes et de grosses villes, non moins grandes que Lyon ou Poitiers. Le premier individu que j’y rencontrai, ce fut un bonhomme qui plantait des  choux. Aussi, tout ébahi, je lui demandai :

    « Mon ami, que fais-tu ici ?

    - Je plante des choux, dit-il.

    - Et pourquoi et comment ? dis-je.

    - Ah ! monsieur, dit-il, tout le monde ne peut pas avoir un poil dans la main, et nous ne pouvons être tous riches. Je gagne ainsi ma vie, et je vais les vendre au marché  dans la cité qui est derrière.

    - Jésus ! dis-je, il y a ici un nouveau monde ?

    - Certes, dit-il, il n’est pas nouveau ; mais l’on dit bien que, hors d’ici, il y a une nouvelle terre où ils ont et soleil et lune, et tout plein de belles affaires, mais celui-ci  est plus ancien.
    - Oui, mais, dis-je, mon ami, quel est le nom de cette ville où tu vas vendre tes  choux ?
    - On le nomme Aspharage, dit-il, les habitants sont Chrétiens, ce sont des gens de bien, ils vous feront bon accueil.

    Bref je décidai d’y aller.

    Or, sur mon chemin, je rencontrai un compagnon qui tendait des filets aux pigeons et je lui demandai. « Mon ami, d’où vous viennent ces pigeons ici ?

    - Sire, dit-il, ils viennent de l’autre monde. » Je pensai alors que, quand Pantagruel  bâillait, les pigeons entraient à toutes volées dans sa gorge, croyant que c’était un colombier. Puis j’entrai dans la ville, que je trouvai belle, imposante et d'un bel aspect, mais  à l’entrée les portiers me demandèrent mon laissez-passer, ce dont je fus fort ébahi, et je leur demandai :

    « Messieurs y a-t-il ici danger de peste ?

    - Ô seigneur, dirent-ils, on meurt tant, près d'ici, que le corbillard va et vient par les rues.
    - Vrai Dieu, dis-je, et où ? »

     A ces mots, ils me répondirent alors que c’était à Laryngues et Pharyngues, deux villes aussi grosses que Rouen et Nantes, des riches villes très commerçante, que l'origine de la peste était une puante et infecte exhalaison sortie depuis peu des abîmes, et que plus de deux millions deux cent soixante mille seize personnes en étaient mortes depuis huit jours. Alors je réfléchis et calculai, et découvris que c’était une puante haleine qui était venue de l’estomac de Pantagruel, quand il mangea tant  d’aillade, comme nous l'avons dit plus haut.

    Partant de là, je passai entre les rochers, qui étaient ses dents, et fis tant et si bien que je montai sur l'une d'elles; là je trouvai les plus beaux lieux du monde, de beaux et grands jeux de paume, belles galeries, belles prairies, force vignes, et une infinité de villes à l'italienne dans les champs pleins de délices, et là je demeurai bien quatre mois, et je ne fis jamais meilleure chère qu'alors.

    Puis je descendis par les dents de derrière pour aller aux lèvres ; mais en passant, je fus détroussé par des brigands dans une grande forêt, qui se trouve vers les oreilles.

    Je trouvai ensuite une petite bourgade en redescendant encore, où je passai un bon moment et où je gagnai un peu d’argent pour vivre.  Savez-vous comment ? A dormir ; car on loue les gens à la journée pour dormir, et ils gagnent cinq à six sous par jours ; mais ceux qui ronflent bien gagnent bien sept sous et demi. Je racontai aux sénateurs comment on m’avait détroussé dans la vallée ; ils me dirent qu’en vérité les gens qui vivaient au-delà étaient méchants et brigands de nature ; à cela je vis que de même que nous avions des contrées en deçà et au-delà des monts, de même ils en avaient en deçà et au-delà des dents ; mais il fait bien meilleur vivre en deçà, et l’air y est bien meilleur. Là, je me mis à penser qu’il est bien vrai, comme on le dit, que la moitié du monde ne sait pas comment l’autre vit, vu que personne n’avait encore écrit sur ce pays-là, où il y a plus de vingt-cinq royaumes habités, sans compter les déserts et les gros bras de mer ; mais j’ai composé là-dessus un grand livre intitulé l’Histoire des Rengorgés ; je les ai nommés ainsi parce qu’ils demeurent dans la gorge de mon maître Pantagruel.

    Finalement, je voulus m’en retourner, et, passant par sa barbe, je me jetai sur ses épaules, et de là je descendis à terre et tombai devant lui.

    Quand il m’aperçut, il me demanda :

    « - D’où viens-tu, Alcofribas ? »

    Je lui réponds :

    « De votre gorge, Messire.

    - Et depuis quand t’y trouves-tu ?

    - Depuis que vous êtes allé contre les Almyrodes.

    - Il y a, dit-il, plus de six mois. Et de quoi vivais-tu ? Que buvais-tu ?

    Je réponds :

    «- Seigneur, de même que vous, et sur les plus friands morceaux qui passaient dans votre gorge, je prélevais des droits de douane.

    - Oui mais, dit-il, où chiais-tu ?

    - Dans votre gorge, Messire, dis-je

    - Ha ha ! Tu es un gentil compagnon, dit-l. Nous avons, avec l’aide de Dieu, conquis tout le pays des Dipsodes, et je te donne la châtellenie de Salmigondis.

    - Merci beaucoup, dis-je, Messire. Vous me faites plus de bien que j’en ai mérité de votre part. »

     

    • Gravures : 

    - La Saignée, Bosse Abraham (1632)

                                                Corpus de documents sur l'image de la médecine de la Renaissance au XVIIe siècle 

     

      -Le Clystère, Bosse Abraham (1632)  

    Corpus de documents sur l'image de la médecine de la Renaissance au XVIIe siècle

    - Les quatre humeurs, extrait de Quinta Essencia de Leonhart Thurneisser

    • Peinture : La leçon d'anatomie du docteur Tulp, Rembrandt (1632) : 

    Un tableau polémique

    Corpus de documents sur l'image de la médecine de la Renaissance au XVIIe siècle

    1. Observez la composition du tableau : quels différents objets remarquez-vous? Comment les personnages sont-ils disposés? Que regarde chacun d'entre eux?
    2. Que peut avoir d'étrange cette scène de dissection? 

     


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